Inoubliable rencontre

Cet article est le second et la suite de celui intitulé : « Ludivine continue de nous partager son aventure au Québec.« 

Un bon souper d’échanges entre deux inconnues

La soirée ne faisait que commencer. Fernande et moi nous étions rencontrées à peine une heure avant. Parce que le camping n’était pas encore ouvert en ce tout début du mois de mai, elle m’avait invitée à passer la nuit dans sa cour avec mon VR (véhicule récréatif, ou camping-car comme nous disons en France.)

Fernande avait déjà soupé, c’est comme ça qu’on dit au Québec pour parler du diner. Le « diner » d’ailleurs, là-bas c’est le repas du midi. Notre petit déjeuner à nous est appelé « déjeuner », parce que c’est le moment où, pour reprendre l’explication d’un ami québécois, on « casse le jeun », celui qui est en cours depuis la veille au soir.

J’avais pourtant de quoi me faire à manger dans mon VR, le genre de trucs rapides à préparer quand je suis fatiguée, mais quand elle a vu mes pâtes au fromage lyophilisées, Fernande s’est chaleureusement proposée de me préparer un filet de poulet avec une bonne petite salade fraîchement composée.

Pendant ce temps où elle préparait mon repas, nous nous parlions étrangement comme si nous nous connaissions depuis longtemps, comme deux amies qui se retrouvaient après un long moment sans s’être vues. D’ailleurs le tutoiement s’était imposé direct ! Les discussions elles, bien que passant rapidement d’un sujet à l’autre, étaient profondes : sur le sens de la vie, des épreuves, …etc.

Une amie épatée.

Comme beaucoup d’autres personnes que j’avais déjà croisées, Fernande me paraissait elle aussi très étonnée par moi, mais aussi par ce que j’étais en train d’accomplir. Elle ne cachait pas être littéralement impressionnée par :

  • Le fait que je sois partie en voyage au Québec aussi longtemps (2 mois),
  • Que je sois partie seule
  • Aussi loin de chez moi (la France), et
  • « En plus en fauteuil roulant ! » s’était-elle exclamée !

Une amie qui m’aide à comprendre ce que je vis.

J’avais presque immédiatement évoqué à Fernande que j’étais très fatiguée et que je ne comprenais pas du tout pourquoi, dans la mesure où, depuis mon arrivée, j’avais pris tout le temps de repos lorsqu’il m’était nécessaire, et parce que je m’arrangeais également à manger le plus sainement possible entre deux poutines 🙂

La poutine est un plat typiquement québécois, fait de frites, de fromage qui fait « couic couic » sous la dent et de sauce marron dans laquelle vous ne savez pas ce qu’il y a dedans. Mais c’est bon et ça cale bien ! Dès mon arrivée à l’aéroport, mes deux amies Caroline et Elise étaient venues me chercher et nous étions allées en manger une, pour que je puisse y goûter d’emblée !

Face à mon interrogation et mon incompréhension quant à ma grande fatigue, Fernande avait pu m’éclairer. Elle m’avait dit : « Attends un peu, c’est normal que tu sois fatiguée ! Tu as vu tout ce que tu fais de nouveau depuis quelques jours ? Tu es en mode apprentissage ! Cela provoque forcément un niveau de stress supplémentaire que tu dois gérer. »

Allons bon !

Au cours de ce repas improvisé et au beau milieu de nos échanges, mon hôtesse quitta la table. Je la voyais s’affairer d’une pièce à l’autre, passant de la salle de bain à la chambre, revenant au salon… Soudainement, elle me dit : « Je vais débarrasser ma chambre et tu vas dormir dans mon lit ! »

Intérieurement, c’était comme si je n’y comprenais pas grand chose : elle m’avait initialement proposé de passer la nuit dans mon VR, j’en étais restée là. Et maintenant, voilà qu’elle était en train de me laisser son lit !?

Parce que d’ordinaire je suis plutôt de celle qui aime rester discrète, j’aurais sûrement répondu que : « Non, ce n’est pas la peine, ne te dérange pas, j’ai tout ce qu’il faut pour dormir et je dors très bien dans le lit confortable du VR, j’ai tout : même le chauffage, la douche, les toilettes, la télé (+ le lecteur DVD s’il vous plaît ! LOL), le micro-ondes…etc. » Mais là je « me suis laissée faire » et j’ai dit « ok » sans trop chercher à analyser ni comprendre ce qui m’arrivait. De toute façon, je crois que j’étais bien fatiguée avec toutes ces émotions. J’étais bien fatiguée, ça oui, mais pas suffisamment pour ne pas partager par textos avec mes proches (ma famille, mes kinés), l’expérience que j’étais en train de vivre et qui ne faisait que commencer…

Et les surprises continuèrent…

Au réveil le lendemain matin, la maison était calme, très calme. Il y avait un doux sole Quand je suis sortie de la chambre, j’ai vu que le déjeuner (soit le petit-déjeuner pour nous français) m’avait été préparé. J’avais un petit mot de Fernande, notifiant qu’elle serait de retour vers 13h et deux numéros de téléphone : son portable (ou cellulaire en québécois) et celui du lieu où elle se trouvait ce matin.

J’ai eu un méga bug ! Moi Ludivine, je suis arrivée hier soir et de manière tout à fait imprévue chez cette belle personne inconnue. D’ailleurs, malgré nos longs échanges de la veille, je considérais que j’étais encore pour elle une personne inconnue… Ce matin, me voilà SEULE dans sa maison ?! Elle m’a laissée SEULE dans sa maison ?! Elle est capable de laisser sa maison à une inconnue ?! Comment une telle confiance en l’autre, en l’étranger, était-elle encore possible de nos jours ? Est-ce que nous avions, nous français, encore cette confiance envers les inconnus ? Assurément, pour moi la réponse était non. Mais qu’est-ce qui faisait que nous l’avions perdue ?

Je pris donc le temps de savourer, à la douceur du soleil traversant les vitres en ce milieu de matinée, les toasts qu’elle avait pris soin de griller avant de partir. Le café lui, resté dans une thermos, était encore tout juste chaud et parfait à boire sans plus tarder.

Je devais continuer ma route pour me rendre à Ottawa, mais à l’évidence je ne voulais pas repartir sitôt la fin de mon déjeuner. Je choisis donc d’attendre le retour de Fernande, de prendre le temps de dîner ensemble avant de continuer mon périple.

(Affaire à suivre…)

Ludivine continue de nous partager son aventure au Québec.


Suite à la parution de mon premier article intitulé : « Plus qu’un voyage à l’étranger » sur son blog, Le Code de La Vie.com, Jérôme m’avait demandé si j’avais vécu un événement qui m’avait particulièrement marquée lors de ce long voyage de deux mois au Québec.

En fait il y en a eu beaucoup plus d’un !!! Mais le premier qui m’est revenu à l’esprit est ma rencontre avec Fernande.

Des débuts pas faciles…

Cela faisait à peine une semaine que j’étais arrivée au Québec, et trois jours que j’étais seule dans l’aventure à rouler dans mon VR (Véhicule Récréatif, que nous appelons nous, en France, « camping-car »).

J’avais déjà découvert un « truc » que je n’avais vraiment pas anticipé : J’avais loué ce VR, en me disant que je pourrais ainsi dormir où je voudrais et quand je voudrais ou quand j’en aurais besoin. Malgré cette location qui m’avait déjà « coûté un bras » (expression française, qui veut dire que ça m’avait coûté beaucoup de mes économies), je prenais conscience qu’il fallait en plus, pour passer la nuit, stationner mon VR dans des endroits adéquats mais surtout, payants ! Comme dans un camping par exemple.

Bref, je m’apercevais que le stationnement ne pouvait pas être gratuit, même sur un « simple » parking (sauf exception : sur ceux des supermarchés WallMart, mais ça je l’apprendrais plus tard.)

A la recherche de la solution la plus économique

Alors au soir de ce troisième jour d’aventure toute seule en VR, j’avais consulté le guide des campings que m’avait donné la gentille dame du bureau touristique de Montebello, la ville dont j’escomptais visiter le « château » le lendemain. Je voulais trouver celui qui était au meilleur tarif afin d’aller y passer la nuit.

J’avais juste 30 km à faire pour arriver au camping le moins cher du coin, à St André Aville. Je repars donc sur la route, j’arrive devant le camping et là… Je me demande comment rentrer.

Il y avait une barrière, il fallait peut-être un badge pour l’ouvrir ? Et l’accueil, était-ce bien ce bâtiment que j’avais du mal à distinguer un peu plus loin ?

Car même avec ma lentille correctrice, je ne vois qu’à 6 ou 7 dixièmes, en fonction du moment de la journée et de la fatigue.

En plus, sur la route défoncée qui y menait, il y avait plein de trous, tous remplis d’eau. Le ciel était gris et encore menaçant, on aurait dit qu’il avait plu quelques minutes avant.

Je me voyais difficilement sortir en fauteuil par ce temps, me rendre jusque là-bas et trouver quelqu’un pour me renseigner. De toute façon, il n’y avait eu aucune trace de vie depuis cinq minutes au moins que j’étais arrivée devant la barrière : Cela avait fini par me décourager de me rendre à l’accueil supposé de ce camping.

J’étais très très fatiguée, sûrement à cause du décalage horaire, et je commençais déjà à penser que mon aventure était en train de tourner au cauchemar.

Vous avez un problème : Allez au supermarché !

Le supermarché ! Oui, j’ai vu un supermarché pas trop loin en venant, je vais y retourner ! Là-bas, il y aura sûrement quelqu’un pour me renseigner et me dire où dormir ce soir !

J’arrive, je me gare, j’ouvre la porte coulissante arrière du véhicule pour y descendre mon fauteuil roulant. Une dame boitant me propose alors son aide. Comme j’avais trouvé un moyen de le descendre facilement moi-même, je lui avais répondu : « Merci mais pour le fauteuil, ça va aller ! Par contre, vous pourriez sûrement m’aider à trouver le renseignement que je cherche ? »

Je lui explique, pleine d’émotions et mes larmes qui montent petit à petit, que je suis venue là au Québec seule à l’aventure, pour deux mois. Que j’ai loué ce véhicule récréatif pour pouvoir être autonome dans mes déplacements et surtout pouvoir me reposer quand j’en ai besoin. Que la location m’avait déjà coûté 10 500 $ CAD. Qu’en plus, mon fauteuil électrique m’avait lâchée la veille du décollage en France et que j’allais devoir en racheter un à mon retour (Et que ça valait « juste » entre 3500 et 5000€ !) Que j’ai refait 30 kilomètres pour venir à ce camping-là qui était le moins cher et que je viens de me casser le nez. Que je ne sais pas où dormir « légalement » ce soir, pour ne pas voir le lendemain matin un garde national frapper au carreau, pour me demander de payer mon stationnement pour la nuit que je venais de passer près des poubelles sur un simple parking !

Elle m’a écoutée tout du long avec un air de réelle compassion, puis elle me dit : « Ben viens-donc dans ma cour !!! » Moi, à ce moment-là j’arrive de suite à me détendre et je retrouve mon sourire. Je la remercie grandement : « Ah oui ? C’est gentil ! », lui dis-je en y revenant pas. Et je ne suis pas encore au bout de mes surprises…

Fernande s’était foulé la cheville et boitait un peu. Elle était donc justement venue au supermarché acheter du chou (celui avec les grandes feuilles vertes) pour les appliquer sur la zone douloureuse. Remède de grand-mère que je vous retransmets ici. Je n’ai pas eu l’occasion d’essayer, par contre je peux vous dire que Fernande remarchait sans difficulté le lendemain.

En route vers (et chez) l’inconnue

Après le supermarché, Fernande m’a d’abord emmenée sur le parking d’une maison de retraite, là où elle savait que je pourrais capter le WIFI pour consulter ma messagerie.

Il y avait une étendue d’eau à côté et elle me demanda si j’entendais les grenouilles ? Je tendis l’oreille mais je n’entendais rien de semblable. J’écoutais alors avec plus d’attention…

« Non, je n’entends que des oiseaux, lui dis-je.

– Ah oui ? Et bien pourtant, c’est ça les grenouilles ! » Ce soir-là, j’ai appris ainsi que Fernande, que les grenouilles québécoises ne coassaient pas comme les nôtres !

En arrivant dans la cour chez Fernande, celle-ci me dit qu’elle avait déjà mangé, ou soupé comme ils disent au Québec pour le dîner. Ce n’était pas mon cas mais j’avais tout ce qu’il fallait. Elle me proposa alors d’apporter ma nourriture pour manger mon repas en sa présence, à l’intérieur de la maison. Quand elle m’a vu sortir mon sachet de pâtes lyophilisées, elle me dit : « Pose ça, je vais te faire un filet de poulet avec une salade ! »

C’était bizarre, car avec Fernande je n’avais pas cette sensation habituelle d’avoir peur de déranger. J’ai accepté sa proposition très naturellement.

Quand je suis rentrée chez elle, dans son salon plein d’affaires de sa maman dont elle venait de vider l’appartement, je me suis sentie comme si j’arrivais chez une amie de longue date. Aucune gêne. Une grande confiance.

D’ailleurs c’est ce qu’on s’est dit d’emblée : on avait l’impression de se connaître depuis longtemps, on sentait chacune pouvoir se faire mutuellement confiance. Je lui ai fait part que, dans ma philosophie de vie, je pensais que cette impression de se connaître déjà venait certainement du fait que nous nous étions déjà rencontrées dans une de nos vies précédentes. Elle a acquiescé…